Ça paraît génial, jusqu’à ce qu’on creuse

En octobre 2020, pour mon billet d’Halloween un peu inquiétant, je veux parler d’une techno née de la pandémie qui semble cool pis utile jusqu’à ce qu’on regarde de près: les applications de traçage de contacts. Sur le papier, c’est génial — ton téléphone détecte si tu as croisé une personne contaminée, pis t’avertit. Au nom de la santé publique, on accepte que nos appareils surveillent nos rencontres en continu. Mais quand je gratte sous la surface, un frisson me prend: on est en train de normaliser une surveillance qui aurait fait scandale il y a un an.

L’intention est bonne, je ne le nie pas. Sauver des vies, freiner la propagation, c’est légitime. Mais c’est justement ce qui rend la chose troublante: une surveillance massive devient acceptable, presque souhaitable, du moment qu’elle est emballée dans une bonne cause.

Le précédent qui s’installe

Ce qui me dérange, ce n’est pas tant l’app elle-même que le précédent qu’elle installe. On s’habitue à ce que nos téléphones traquent nos déplacements pis nos contacts. Pis une habitude, ça ne se défait pas facilement.

flowchart TD
    A[App de tracage: ca semble cool] --> B[Te previent si tu croises un cas]
    A --> C[Au nom de la sante publique]
    A --> D[On accepte d'etre surveille]
    A --> E{Mais on regarde de pres...}
    E --> F[Surveillance des contacts normalisee]
    E --> G[Habitude qui s'installe durablement]
    E --> H[Que devient la donnee apres la crise?]
    F --> I[Le precedent reste apres la pandemie]
    G --> I
    H --> I

Les vraies questions, on les pose rarement dans l’urgence: qui garde les données? Combien de temps? Pour quel usage, une fois la crise passée? Une mesure d’exception a une fâcheuse tendance à devenir permanente. Pis le frisson d’Halloween, cette année, c’est ça: une surveillance acceptée dans l’urgence qui pourrait rester bien après.

Vigilance, pas paranoïa

Comme observateur, je ne veux pas crier au complot. Le traçage peut être utile, pis bien des implémentations sont respectueuses de la vie privée. Mais je veux nommer le vrai enjeu: la facilité avec laquelle on abandonne notre intimité quand on a peur.

Mon réflexe, c’est de rester lucide même quand l’intention est bonne. Accepter une mesure utile, oui — mais en gardant un œil sur ce qu’elle installe comme précédent. La peur est une mauvaise conseillère en matière de vie privée. Pis ce qui semble cool pis vertueux aujourd’hui peut devenir l’outil de surveillance banalisé de demain si on ne pose pas les bonnes questions à temps.

Ce que je retiens

En octobre 2020, les apps de traçage de contacts incarnent parfaitement la techno qui semble cool jusqu’à ce qu’on regarde de près. Utiles, bien intentionnées, mais elles normalisent une surveillance qu’on aurait refusée hier. L’urgence sanitaire fait accepter ce qui aurait choqué.

Le frisson de cet Halloween, c’est celui d’un précédent qui s’installe en douce: nos téléphones qui traquent nos contacts, une habitude qui pourrait survivre à la crise. Ma réponse n’est pas la paranoïa, mais la vigilance: accepter l’utile sans abandonner ses droits, pis poser les questions qui dérangent même quand on a peur. Parce que la vie privée qu’on cède dans l’urgence, on la récupère rarement.