Le chrono ne voit pas la qualité du dernier squat
Un WOD produit des chiffres faciles à comparer : le temps, le nombre de répétitions et la charge. On peut vite avoir l’impression que tout l’entraînement tient dans cette petite ligne d’historique.
Je regarde le CrossFit de l’extérieur, avec mon intérêt pour le sport et les données. Ce qui m’intéresse ici, c’est l’écart entre ce qu’un capteur mesure bien et ce qui se passe vraiment dans le mouvement.
Une application suit les records et les charges. Une montre ajoute la fréquence cardiaque. Un capteur inertiel pourrait mesurer l’accélération et la rotation d’une barre. Une caméra peut enregistrer les positions. Chaque source voit un morceau différent du mouvement.
Ce que chaque capteur produit
Le chrono produit un temps de début et de fin. L’application connaît la charge déclarée et le nombre de répétitions. Une IMU fixée à la barre échantillonne trois axes d’accélération et trois axes de rotation, par exemple 100 fois par seconde. Le capteur optique au poignet estime la fréquence cardiaque à partir des variations de lumière réfléchie par la peau.
Un enregistrement simplifié peut donc contenir :
athlete_id: A-17
movement: back_squat
load_kg: 100
set: 3
declared_reps: 5
start: 18:42:11.240
end: 18:42:27.880
heart_rate_avg: 158
imu_file: A17-20190514-set3.csv
Le logiciel peut filtrer le bruit de l’IMU, repérer les changements de direction et découper cinq cycles descente-remontée. Il calcule ensuite la durée de chaque répétition et, avec beaucoup de prudence, une vitesse relative. L’intégration de l’accélération pour obtenir une position dérive rapidement; sans point de référence, une petite erreur devient grande. Le capteur sait mieux repérer le rythme que reconstruire parfaitement la trajectoire.
Compter n’est pas juger
Pour déclarer une répétition valide, il faut une définition. Dans un squat, on peut vouloir vérifier une profondeur et une extension. Une IMU sur la barre ne voit pas directement la position des hanches ou des genoux. Une caméra latérale peut estimer des angles, mais la perspective, un corps caché et un éclairage variable ajoutent de l’erreur.
Un pseudo-code de compteur pourrait ressembler à ceci :
si vitesse_verticale passe sous -seuil:
état = DESCENTE
si état == DESCENTE et vitesse_verticale passe au-dessus de +seuil:
état = REMONTEE
si état == REMONTEE et barre_stable pendant 300 ms:
répétitions += 1
état = ATTENTE
Ce compteur peut appeler répétition un mouvement interrompu, en manquer une très lente ou en ajouter une quand la barre est déposée. Il faut comparer ses sorties à des vidéos étiquetées et publier le taux d’erreur par mouvement, charge et athlète. Un bon résultat sur des squats ne prouve rien pour un arraché.
Le capteur au poignet a ses propres limites. Les impacts, la prise serrée et les mouvements rapides peuvent brouiller le signal optique ou le verrouiller sur la cadence. Une ceinture thoracique mesure autrement et peut servir de référence, mais elle ne dit toujours pas si une douleur apparaît ou si la technique se dégrade.
Comparer une charge d’entraînement complète
Le volume externe le plus simple est :
volume = séries × répétitions × charge
= 5 × 5 × 100 kg
= 2 500 kg
Ça permet de comparer une partie du travail, pas tout l’effort. Cinq répétitions rapides avec une bonne réserve et cinq répétitions à la limite donnent le même volume. J’ajouterais la durée, la récupération, une note d’effort perçu et un indicateur de qualité donné après la série.
date | mouvement | volume | durée | effort_perçu_1_10 | qualité | douleur
Les tendances deviennent utiles sur plusieurs semaines : volume qui monte graduellement, vitesse qui chute à charge égale ou fréquence cardiaque qui reste anormalement haute. Un seul point ne devrait pas déclencher un diagnostic. Une montre mal placée ou un fichier incomplet peut expliquer l’écart.
La collecte a aussi besoin de consentement et de limites. Une vidéo de mouvement et une série cardiaque sont personnelles. Je veux savoir qui les voit, combien de temps elles restent, comment elles sont supprimées et si l’athlète peut s’entraîner sans contribuer à un modèle.
Le coach et le ressenti ajoutent ce que les capteurs ne voient pas : la technique, la douleur, l’objectif de la séance et le moment où il faut arrêter. J’aime mesurer quand ça aide à voir si la progression est solide et répétable. Je garderais le chrono comme une observation parmi plusieurs, jamais comme le juge du dernier squat.