Les angles morts de l’innovation à la mode
En octobre 2018, je gratte sous la surface de ma propre passion: le sport d’endurance pis l’obsession de la mesure. Ma montre Garmin enregistre tout — GPS, fréquence cardiaque, altitude, cadence, mes segments de trail, mes temps de Spartan. J’adore ça. Mais cette saison, en regardant la pile de données que j’accumule, une question un peu dérangeante me traverse: où s’en va tout ça, pis qu’est-ce qu’on en fait vraiment?
Comme passionné de course pis d’obstacles, je suis le premier à tripper sur les chiffres. Battre mon temps, voir ma VO2 max grimper, comparer mes segments. La mesure me motive. Mais quand on gratte, on réalise que notre corps au complet est devenu une trace numérique stockée quelque part.
Le corps devenu donnée
Chaque sortie de trail, chaque battement de cœur, chaque mètre de dénivelé — tout ça finit sur des serveurs que je ne contrôle pas. Mes parcours dessinent une carte précise de où je vais courir, à quelle heure, à quelle fréquence. C’est un peu vertigineux quand on y pense.
flowchart TD
A[Ma montre Garmin] --> B[GPS: ou je cours]
A --> C[Cardio: l'etat de mon corps]
A --> D[Altitude, cadence, segments]
B --> E[Serveurs ailleurs]
C --> E
D --> E
E --> F[Une carte precise de ma vie sportive]
F --> G{Qui peut la lire?}
Ce qui dérange, ce n’est pas la mesure en soi — c’est que mes données les plus intimes, mon rythme cardiaque, mes habitudes, mes trajets, vivent dans un nuage. Une assurance, un jour, aimerait peut-être savoir si je m’entraîne. Mes parcours répétés révèlent où j’habite, où je travaille. La passion de la performance laisse une empreinte qui me dépasse.
Ne pas laisser la mesure manger le plaisir
Le piège que je veux nommer, c’est double. D’un côté, mes données partent ailleurs. De l’autre, l’obsession du chiffre peut tuer le plaisir. Quand je cours juste pour battre un segment ou remplir un graphique, j’oublie pourquoi je suis dehors: le bois, l’effort, la tête qui se vide.
Mon équilibre, cette saison, c’est de garder la mesure comme outil, pas comme maître. La montre m’aide à progresser, parfait. Mais le jour d’une belle sortie de trail dans le rouge des feuilles d’octobre, je laisse parfois les chiffres de côté pis je cours juste pour courir. Le plaisir d’abord; le graphe ensuite.
Ce que je retiens
En octobre 2018, gratter sous la surface de ma passion sportive me rappelle deux choses. La première: mon corps est devenu une trace numérique qui dort sur des serveurs que je ne contrôle pas, pis ça mérite un peu de lucidité. La deuxième: l’obsession de la mesure peut me faire oublier pourquoi je cours.
J’aime mes chiffres, mes segments, mes records personnels — c’est une vraie partie du plaisir d’endurance. Mais je veux rester celui qui décide quand la montre compte pis quand elle se tait. La mesure au service de la passion, pas l’inverse. Pis de temps en temps, lâcher le poignet, regarder le bois, pis juste courir.