Sans données propres, pas de bons processus

En avril 2016, je regarde monter une vague qui n’a pas fini de grossir: la donnée pis les processus prennent toute la place dans les conversations d’affaires. Tout le monde veut « être guidé par la donnée ». Comme observateur de la techno, je trouve ça sain, mais je remarque un piège que peu de gens nomment: une donnée n’a aucune valeur tant qu’on ne s’entend pas sur ce qu’elle veut dire.

Le scénario que je vois revenir, c’est toujours le même. Un chiffre circule dans une réunion. Deux personnes le lisent, pis chacune comprend autre chose. La discussion glisse alors de la décision vers la définition. On passe vingt minutes à se demander ce que « les ventes du mois » veulent vraiment dire avant même de pouvoir décider quoi que ce soit.

La vraie question: qui définit le chiffre?

Derrière chaque indicateur se cache une chaîne de choix invisibles. Quelle source? Quel filtre? Quelle date de coupure? Tant que ces choix restent flous, le même mot désigne des réalités différentes selon qui le prononce.

flowchart TD
    A[Le chiffre: ventes du mois] --> B{De quelle source?}
    B --> C{Quel filtre applique?}
    C --> D{Quelle date de coupure?}
    D --> E[Personne A: 100k]
    D --> F[Personne B: 95k]
    E --> G[Debat sur la definition<br/>au lieu de la decision]
    F --> G

C’est ça qui m’intéresse comme observateur. On parle beaucoup des outils — les tableaux de bord fancy, les graphiques en couleur — mais le vrai enjeu est en amont: la définition commune. Un beau tableau peut maquiller une donnée mal comprise pendant des mois. La couleur rassure, mais elle ne garantit pas que le chiffre veut dire ce qu’on pense.

Le couple donnée-processus

L’autre moitié de l’histoire, c’est le processus. Une donnée propre vient d’un processus discipliné. Si la saisie est bâclée, si chacun entre l’information à sa façon, la donnée arrive en bout de ligne sale, peu importe la beauté du tableau qui l’affiche.

Comme observateur, je note que la mode parle surtout d’outils pis de visualisation, alors que le travail de fond est ailleurs: dans la gouvernance. Définir, attribuer une responsabilité, reconnaître une source de vérité. C’est moins spectaculaire qu’un beau graphique, mais c’est ce qui sépare une organisation qui décide vraiment avec ses données d’une organisation qui se chicane sur des chiffres.

Ce que je retiens

En avril 2016, la donnée pis les processus prennent toute la place, pis c’est une bonne tendance de fond. Mais je garde mon regard d’observateur lucide: l’outil n’est pas le problème, la définition l’est. Un chiffre sans définition commune nourrit des débats sans fin; une donnée sans processus discipliné arrive sale peu importe l’emballage.

Ce qui compte, ce n’est pas d’avoir plus de tableaux de bord, c’est d’avoir une source de vérité, un propriétaire par chiffre, pis de la discipline à la saisie. La vague de la donnée va continuer de grossir dans les prochaines années — pis ceux qui auront fait ce travail de fond, sans se laisser hypnotiser par les couleurs, seront ceux qui en tireront vraiment quelque chose.