Ce que les belles démos préfèrent ne pas montrer
Octobre 2015, encore une fois le mois de l’Halloween, mon rendez-vous annuel avec ce qui me donne un petit frisson technologique. Cette année, ce qui me dérange quand je gratte sous la surface, c’est une chose très particulière: les robots pis les avatars qui ressemblent presque trop à des humains. Pas tout à fait, juste assez pour qu’un malaise s’installe. Ce malaise-là porte même un nom: la vallée de l’étrange.
L’idée est fascinante. Plus une machine imite l’humain — un visage, une voix, des gestes — plus on l’aime… jusqu’à un certain point. Passé ce point, quand c’est presque parfait mais pas tout à fait, ça bascule dans le malaise. Le « presque humain » nous dérange plus qu’un robot franchement robotique.
La courbe qui plonge dans le malaise
C’est ça, la vallée de l’étrange: une montée d’attachement, suivie d’une chute brutale dans le malaise quand l’imitation devient troublante de réalisme sans atteindre la perfection.
flowchart TD
A[Robot très robotique] -->|+ d'imitation| B[On le trouve sympathique]
B -->|+ d'imitation| C[Presque humain]
C --> Q{Parfaitement<br/>humain?}
Q -->|Presque, mais<br/>pas tout à fait| F[CHUTE: le malaise s'installe<br/>la vallée de l'étrange]
Q -->|Oui, totalement| H[On accepte de nouveau]
F -.ce que les démos<br/>cachent.-> H
Ce qui me chicote, en 2015, c’est qu’on s’approche tranquillement de cette zone. Les avatars de synthèse, les visages générés, les voix artificielles deviennent assez bons pour franchir le seuil du « presque réel ». Pis mon petit frisson d’Halloween, c’est de réaliser que bientôt, on saura plus toujours si on parle à un humain ou à une imitation.
Ce qui dérange vraiment en dessous
Le vrai malaise, quand je gratte plus creux, c’est pas l’apparence. C’est la tromperie possible. Un robot qui a l’air humain, une voix qui sonne vraie, ça ouvre la porte à nous faire croire qu’on interagit avec une personne alors que non.
C’est ça, le cœur de mon inconfort. La vallée de l’étrange, c’est notre instinct qui nous avertit: « attention, quelque chose cloche ». Pis cet instinct-là est précieux. Le jour où les imitations deviendront parfaites au point de plus déclencher ce frisson, on perdra un garde-fou naturel contre la tromperie.
Pourquoi je trouve ça sain de frissonner
Je ne suis pas en train de dire que les robots humanoïdes ou les avatars sont mauvais. Ils ont plein d’usages magnifiques. Mais comme chaque Halloween, je célèbre le frisson lui-même. Parce que ce malaise, c’est de la lucidité. C’est mon cerveau qui refuse de se faire berner trop facilement.
Le danger, ce serait de s’habituer au point de ne plus rien sentir. De parler à une machine déguisée en humain sans même se poser la question. Tant que la vallée de l’étrange me fait encore frissonner, c’est que je garde ma capacité de distinguer le vrai du fabriqué. Pis ça, en 2015, ça vaut de l’or.
Ce que je retiens
En octobre 2015, ce qui me dérange quand je gratte sous la surface, c’est la vallée de l’étrange: ces robots pis ces avatars presque humains qui réveillent un malaise instinctif. Ce frisson, loin d’être un défaut, c’est un signal d’alarme précieux contre la tromperie.
Mon rituel d’Halloween techno, cette année, c’est de chérir ce malaise plutôt que de m’en débarrasser. Parce que le jour où le « presque humain » ne me dérangera plus pantoute, c’est que j’aurai perdu un instinct qui me protège. Rester capable de frissonner devant l’imitation, c’est rester capable de reconnaître le vrai. Pis ça, je veux jamais le perdre.