Bilan 2010 : une année charnière pour les outils de travail

Décembre 2010, le temps des bilans. Pis cette année-là, plus que les gadgets, c’est ma propre vie qui a basculé: j’ai quitté la Floride pis le monde du logiciel-service en ressources humaines pour atterrir à Paris, dans un univers complètement différent — celui des systèmes embarqués, des appareils durcis, des environnements où la fiabilité n’est pas négociable. Changer de continent, de métier pis de culture dans la même année, ça donne une drôle de perspective pour regarder ce qui a marqué la techno. Quand ton propre sol bouge, tu vois autrement ce qui bouge autour.

S’il y a un objet qui résume 2010, c’est l’iPad. Lancé au printemps, il a fait quelque chose que je croyais difficile: créer une catégorie d’appareil que personne ne réclamait vraiment, pis la rendre évidente en quelques mois. La tablette n’était ni un téléphone ni un ordinateur, pis pourtant elle a trouvé sa place. Surtout, elle a déclenché une vague: tout le monde, dans les organisations, s’est mis à se demander « comment on fait du mobile pour vrai ». C’est l’année où le mobile est passé d’accessoire à stratégie.

Le mobile-first, justement, c’est le grand thème de mon année professionnelle. Dans mon nouveau travail, je conçois pour des gens qui ne sont jamais assis au bureau: ils sont dehors, en mouvement, dans des conditions rudes. Ça m’a appris dans le concret ce que l’iPad annonçait dans le grand public — que penser une application pour le terrain, c’est un autre métier que de penser pour un écran de bureau. La contrainte du mobile, loin d’être une limite, force à faire mieux, à garder l’essentiel, à respecter celui qui utilise debout, les mains pleines.

Côté passion, 2010 m’a donné Kinect, en novembre, pis l’idée folle de faire disparaître la manette. Le gamer en moi a été partagé: fasciné par l’interface invisible, sceptique sur la précision pis l’endurance. Mais au-delà du jeu, j’y ai vu une question plus grande sur la façon dont on parlera aux machines demain. Quand une caméra peut lire ton corps, le clic n’est plus la seule porte d’entrée. C’est balbutiant, c’est imparfait, mais ça ouvre quelque chose.

L’autre fil de l’année, plus inquiétant, c’est cette culture des objets qui nous suivent. La géolocalisation est devenue normale, presque invisible, pis avec elle une zone grise sur ce que nos appareils savent de nous. J’ai pris l’habitude, cette année, de me poser la question plus souvent: qui voit mes traces, pis pour combien de temps? Pas par paranoïa — par lucidité. L’informatique qui sort de la boîte pour entrer dans nos poches, c’est merveilleux pis ça mérite qu’on garde un œil ouvert.

Si je devais résumer 2010 en une phrase, je dirais que c’est l’année où l’informatique a quitté le bureau pour de bon. L’iPad dans le salon, le mobile sur le terrain, Kinect devant la télé, le GPS dans la poche, le nuage qui devient un vrai lieu de travail — partout, la techno sort de la grosse boîte sous le pupitre pour se répandre dans la vie. Pis moi, qui ai littéralement changé de vie cette année-là, je ressens ce mouvement de façon presque personnelle.

Pour la suite, je n’ai pas de grande prédiction, juste une intuition tranquille: ce qui a commencé en 2010 — le mobile comme point de départ, l’interface qui se libère de l’objet, l’informatique partout — ne va faire que s’accentuer. Mon année à moi a été celle d’un grand saut: un océan traversé, un métier réinventé, un nouveau monde apprivoisé. Pis quelque part, ça colle parfaitement à l’air du temps. 2010, c’était l’année où, pour la techno comme pour moi, plus rien n’est resté tout à fait à sa place. Pis honnêtement, c’est dans ce genre d’année-là qu’on apprend le plus.