Gérer la connaissance, version tout-Microsoft

On parle souvent de SharePoint comme d’un endroit pour ranger des documents, mais en janvier 2010, ce qui m’intéresse, c’est l’ambition plus large derrière: la stratégie de connaissance. L’idée que tout le savoir d’une organisation pourrait vivre quelque part, organisé, cherchable, accessible. C’est un beau rêve. Pis c’est justement parce que c’est un beau rêve qu’il faut faire attention: la connaissance, ce n’est pas juste des fichiers, pis aucun outil ne transforme automatiquement des documents en savoir.

La distinction qui compte, c’est entre la connaissance explicite pis la connaissance tacite. L’explicite, c’est ce qui s’écrit: une procédure, un rapport, un manuel. Ça, un système le range bien. La tacite, c’est ce qui vit dans la tête du monde: le pourquoi d’une décision, le truc qu’on apprend après dix ans, la nuance qu’on ne pense jamais à écrire. Pis c’est souvent la plus précieuse — pis la plus dure à capturer dans une plateforme.

flowchart TD
    K[Connaissance d'une<br/>organisation] --> E[Explicite<br/>ecrite, documentee]
    K --> T[Tacite<br/>dans la tete du monde]
    E --> S[Un systeme<br/>la range bien]
    T --> U[Un systeme<br/>la capture mal]
    U -.le vrai defi.-> V[La connaissance<br/>la plus precieuse echappe]

Le piège classique des stratégies de connaissance centrées sur un outil, c’est de croire qu’en déployant la plateforme, on a réglé le problème. On installe SharePoint, on annonce « voici notre base de connaissance », pis on attend que le savoir s’y dépose tout seul. Ça n’arrive jamais. Les gens ne documentent pas spontanément ce qu’ils savent, surtout quand c’est implicite pour eux. L’outil offre le contenant; le contenu demande un effort que personne n’a vraiment envie de fournir.

Ce que j’observe, c’est que les stratégies qui marchent ne misent pas sur la capture exhaustive — elles misent sur la connexion. Plutôt que d’essayer de tout écrire, elles aident à trouver la bonne personne. « Qui sait comment ça marche, ça? » est souvent une question plus utile que « où est le document qui l’explique? ». Un système qui aide à localiser l’expertise vaut parfois mieux qu’un système qui prétend la contenir. La connaissance reste dans les têtes; l’outil aide juste à savoir quelle tête.

L’autre piège, c’est l’illusion de complétude. Une base de connaissance bien remplie donne l’impression que tout est là, ce qui peut décourager les gens de demander, de discuter, de vérifier. Mais une partie du savoir est périmée dès qu’elle est écrite, pis la nuance vivante d’une conversation ne se remplace pas par un document figé. Trop se fier à la base écrite, c’est risquer de prendre des décisions sur de l’information morte en pensant qu’elle est vivante.

Ce que je retiens en janvier 2010, c’est qu’une stratégie de connaissance centrée sur un outil se trompe de point de départ. La technologie n’est pas le cœur du problème — la culture pis les habitudes le sont. SharePoint peut aider, mais seulement si on accepte d’abord que la connaissance est humaine avant d’être numérique. L’outil sert le savoir; il ne le crée pas, pis il ne le garde pas vivant à notre place.

La suite, pour qui veut bâtir là-dessus, je la vois humble: viser petit pis utile plutôt que grand pis exhaustif. Documenter le peu qui mérite vraiment de l’être, faciliter la connexion entre les gens, pis accepter que la majeure partie du savoir va continuer de vivre dans les têtes, où elle a toujours vécu. SharePoint peut soutenir une stratégie de connaissance — à condition de se rappeler que le savoir, ça ne se range pas dans une bibliothèque de documents comme on range des boîtes.