Bilan 2008 : les technos nées dans la crise

2008 aura été toute une année. Pas juste à cause de la techno — à cause de la crise qui a secoué la planète à l’automne, à cause d’un grand changement personnel aussi: j’ai changé de pays, de rôle pis de monde de travail en cours de route. C’est drôle comme les années difficiles laissent souvent les marques les plus durables. Quand l’argent serre, le superflu tombe, pis ce qui reste, c’est ce qui était vraiment solide. En faisant mon bilan de décembre, je vois une année où plusieurs technologies sont passées du « peut-être » au « pour de vrai ».

La première grande histoire, c’est le mobile qui devient sérieux. L’App Store a ouvert cette année pis a tout changé: d’un coup, un téléphone n’est plus juste un téléphone, c’est une plateforme où n’importe qui peut publier un logiciel. Pis Android est arrivé pour ouvrir une deuxième voie. On est passé d’un seul appareil révolutionnaire à une vraie compétition. Ça, ça ne reculera pas.

La deuxième, c’est le nuage qui a quitté la slide. Le SaaS pis le cloud ne sont plus des mots à la mode dans des présentations — c’est devenu mon quotidien, du côté de ceux qui hébergent les données des autres pis qui doivent mériter leur confiance chaque jour. J’ai vécu ce virage de l’intérieur cette année, pis je sais maintenant à quel point il est profond.

La troisième histoire, c’est la crise elle-même comme révélateur. J’ai écrit en début d’année que la pression des coûts force le TI à choisir, pis je l’ai vu se confirmer tout au long de 2008. Les projets-décoration sont tombés, pis l’architecture — cette affaire qu’on ignore quand tout va bien — est redevenue le sujet de l’heure. Une mauvaise année donne une clarté qu’une bonne année nous laisse éviter. C’est paradoxal, mais c’est souvent dans la contrainte qu’on prend nos meilleures décisions.

Côté geek pur, ma passion m’a rappelé que le jeu vidéo reste un laboratoire qui pousse la techno plus fort que bien des labos officiels. Les cartes graphiques sont devenues des monstres parce qu’on en redemande, pis ces monstres-là servent maintenant ben au-delà du salon. En même temps, j’ai senti monter un malaise plus sourd: la techno commence à en savoir pas mal sur nous, pis pas toujours de façon transparente. Une année qui donne pis qui inquiète à la fois.

Le piège du bilan, c’est de raconter l’année comme si tout était clair sur le coup. Ça ne l’était pas. Au milieu de 2008, je ne savais pas encore que changer de pays pis plonger dans le monde du SaaS allait autant changer ma façon de voir le métier. C’est en regardant en arrière que le fil rouge apparaît: cette année m’a fait passer d’un rôle d’architecte qui conseille à un rôle de chef qui livre un service en continu. Ce déplacement-là, je vais le sentir longtemps.

Ce que je retiens de 2008, c’est que les années difficiles sont des accélérateurs déguisés. Elles font mal, mais elles forcent une honnêteté que les années faciles permettent d’éviter. Les technos qui ont survécu à cette année-là — le mobile sérieux, le service en ligne, l’architecture qui redevient stratégique — ne sont pas des modes. Ce sont des fondations.

La suite, je l’aborde changé. Nouveau pays, nouveau rôle, nouvelle perspective sur ce que veut dire « faire rouler quelque chose pour vrai ». 2008 m’aura appris qu’on apprend plus dans une année qui brasse que dans trois années tranquilles. Pis ça, malgré tout l’inconfort, je ne l’échangerais pas. Bonne fin d’année — pis en avant pour la suite.