Android ouvre la porte à un autre mobile

L’an passé, l’iPhone a brassé tout le monde. Là, en avril 2008, c’est Google qui arrive dans le portrait avec Android, pis je trouve ça fascinant comme contre-attaque. Apple a sorti un téléphone fermé, magnifique, contrôlé du début à la fin. Google répond avec autre chose: une plateforme ouverte, basée sur Linux, que n’importe quel fabricant peut prendre pis mettre sur son matériel. Deux philosophies opposées qui visent le même prix. Comme observateur de la techno, je sens qu’on est en train d’assister à la naissance d’une vraie guerre, pas juste à la sortie d’un gadget de plus.

Ce qui m’allume, c’est l’idée d’ouverture. Au lieu d’un seul téléphone d’un seul fabricant, Android vise à rouler sur des dizaines d’appareils différents, faits par des compagnies différentes, avec des écrans pis des claviers différents. C’est généreux comme vision. Mais en bon geek qui a déjà vu ce film-là, je sais aussi ce que ça annonce: la fragmentation. Quand il y a un seul appareil, un développeur sait exactement sur quoi il code. Quand il y en a trente, bonne chance.

flowchart TD
    A[Android] --> B[Fabricant 1]
    A --> C[Fabricant 2]
    A --> D[Fabricant 3]
    B --> B1[Ecran X<br/>clavier physique]
    C --> C1[Ecran Y<br/>tactile seul]
    D --> D1[Ecran Z<br/>autre version OS]
    B1 --> E[Le dev doit<br/>tout supporter]
    C1 --> E
    D1 --> E

C’est le paradoxe de l’ouverture: ce qui fait sa force fait aussi sa complexité. Un écosystème ouvert attire plus de monde, plus d’appareils, plus d’idées. Mais il pellette une partie du casse-tête sur les épaules des développeurs, qui doivent composer avec une diversité que le monde fermé d’Apple leur épargne. Les deux approches ont un prix; il est juste payé par des personnes différentes.

Je trouve aussi intéressant que Google ne vende pas de matériel. Leur jeu, c’est de mettre leurs services partout — la recherche, les cartes, le courriel — pis le téléphone n’est que le véhicule. Apple veut vendre des appareils; Google veut occuper l’écran, peu importe l’appareil. Ça explique pourquoi l’un ferme pis l’autre ouvre. C’est pas une question de gentillesse, c’est une question de modèle d’affaires.

Pour le développeur qui regarde ça, la vraie question de 2008 devient: sur quoi je mise mon temps? Apprendre la plateforme fermée qui a le buzz, ou la plateforme ouverte qui promet d’être partout? Je n’ai pas la réponse, pis je me méfie de ceux qui prétendent l’avoir. On est trop tôt. Le premier vrai téléphone Android n’est même pas encore dans nos mains.

Le piège, comme observateur, c’est de choisir un camp trop vite par goût personnel. J’aime l’ouverture par principe, mais je sais que l’ouverture mal gérée donne du désordre, pis que le contrôle bien fait donne une expérience que le monde adore. La vérité va probablement vivre entre les deux, pis va dépendre de qui exécute le mieux, pas de quelle idéologie est la plus belle sur papier.

Ce que je retiens de ce printemps 2008, c’est qu’on vient de passer d’un seul joueur révolutionnaire à une vraie compétition. Pis la compétition, c’est ce qui pousse une industrie à aller vite. Que ce soit Apple ou Google qui gagne, ou les deux, le grand gagnant à court terme c’est nous: les appareils vont s’améliorer plus vite parce que personne ne veut se faire dépasser.

La suite, je la regarde avec curiosité de geek: attendre le premier vrai appareil Android, voir comment les développeurs réagissent à la fragmentation, pis observer si l’ouverture tient ses promesses ou si elle se transforme en casse-tête. Une porte vient de s’ouvrir sur un autre mobile. Reste à voir qui va passer au travers, pis dans quel état.