Bilan 2007 : l’expérience utilisateur prend le dessus

C’est le temps de l’année où je regarde dans le rétroviseur. 2007, pour moi, ç’a été deux vies en parallèle : l’architecte qui passe ses journées dans les portails, les serveurs pis la sécurité du client, pis le geek qui, le soir, joue, regarde des keynotes pis s’émerveille devant des robots. Pis quand je fais le bilan, c’est fou comme ces deux mondes-là ont été marqués par la même grande idée cette année : l’expérience devient le vrai enjeu.

Pour mettre de l’ordre dans tout ça, j’ai dessiné mon année au complet.

Côté bureau, le mot de l’année, c’est SharePoint. J’ai passé une bonne partie de mes mandats à le déployer, pis à répéter la même leçon : la techno règle rien toute seule. Sans gouvernance — qui possède quoi, quelles métadonnées, quelles permissions — un beau portail neuf devient juste un nouveau dépotoir. La vraie job, c’était jamais l’installation. C’était d’aider le monde à décider comment ils veulent travailler ensemble.

L’autre gros morceau, c’est la virtualisation. Voir un serveur arrêter d’être une boîte de métal pour devenir un fichier qu’on copie pis qu’on déplace, ça change toute la manière de penser l’infrastructure. Plein de promesses — moins de boîtes, plus de souplesse — mais aussi un risque qu’on sous-estime : mettre tous ses œufs dans le même panier physique. Ma leçon de l’année là-dessus : la souplesse vaut rien sans une reprise testée pour vrai.

Pis la sécurité. J’ai passé du temps à expliquer aux clients que l’antivirus, c’est nécessaire mais pas suffisant. Il connaît juste le passé, pas les menaces neuves. La vraie protection, c’est l’empilement de couches qui se couvrent l’une l’autre. Une affaire plate à vendre, parce que ça paraît pas, mais c’est ça qui tient le jour où ça brasse.

Côté salon, mon coup de cœur sans hésiter, c’est la Wii. Une console faible techniquement qui a battu des machines bien plus puissantes juste avec une meilleure idée. Voir mon salon au complet — du monde qui touche jamais à un jeu vidéo — rire en jouant aux quilles, ça m’a confirmé une affaire que je traîne dans mon métier aussi : le design pis l’accessibilité battent la fiche technique pas mal plus souvent qu’on pense.

Pis en observation, de loin, deux affaires m’ont marqué. L’iPhone, vu en janvier, qui a remis le doigt — littéralement — au centre de l’interface, pis qui a planté dans la tête du monde une nouvelle attente qui se désinstallera pus. Le tactile en général, qui annonce un renversement : c’est plus à nous d’apprendre la machine, c’est à la machine de suivre notre geste. Pis les robots humanoïdes, qui me fascinent pis me mettent mal à l’aise en même temps — la fameuse vallée de l’étrange, ce p’tit garde-fou naturel qui nous garde critiques.

Quand je relie tout ça, le fil rouge saute aux yeux : 2007, c’est l’année où l’expérience est devenue stratégique. Dans mes mandats, le client voulait pas juste « un portail », il voulait que le monde le trouve facile. Dans le salon, Nintendo a gagné pas avec la puissance mais avec la simplicité. Pis l’iPhone a montré que l’interface peut être la chose qui fait basculer tout un marché. La techno brute compte moins; ce qu’on en ressent compte plus.

Mes déceptions ? Silverlight, qui arrive avec une belle ambition mais probablement trop tard contre Flash — un rappel que la meilleure techno gagne pas toujours, c’est souvent celle qui était là en premier. Pis la marée de jeux Wii faits à la va-vite pour surfer sur la vague du mouvement, sans rien de solide en dessous. Le gimmick s’use vite quand y’a pas un vrai jeu derrière.

Ce que je retiens de 2007, c’est que mes deux vies — l’architecte pis le geek — se sont mises à parler de la même affaire. Que ce soit pour un client qui déploie un portail ou pour ma famille qui découvre la Wii, la question est devenue la même : est-ce que c’est simple, est-ce que ça donne le goût, est-ce que ça respecte la personne qui s’en sert ? La techno a arrêté d’être une fin en soi. C’est l’expérience, maintenant, qui mène la game.

Pour 2008, je garde l’œil ouvert sur le tactile qui va sûrement se répandre, sur la virtualisation qui va mûrir, pis sur cette idée que le plus important, c’est plus la machine, c’est ce qu’on vit avec. Sur ce, joyeuses fêtes — pis si vous avez une Wii sous le sapin, gardez de la place autour de la télé.