2007 : la première minute compte plus que la fiche technique
En relisant mes billets de l’année, je vois la même chaîne dans des produits qui n’ont presque rien en commun : entrée, interprétation, état, réponse. La première minute est réussie lorsque cette chaîne reste prévisible, même si la mécanique derrière est compliquée.
iPhone : contact -> coordonnées -> geste -> application -> image
Wii : mouvement -> capteur -> filtre -> jeu -> son/vibration
Portail: document -> validation -> version -> recherche -> résultat
Apple et Nintendo ont investi directement dans l’entrée. Le doigt et le mouvement paraissent naturels parce que le logiciel filtre des mesures imprécises, choisit une intention et répond assez vite. Un seuil mal ajusté, un délai réseau ou une cible trop petite rend immédiatement la couche technique visible.
Dans SharePoint, l’entrée est moins spectaculaire. Un fichier traverse IIS, les règles d’accès et une bibliothèque avant d’être écrit avec ses propriétés dans SQL Server. Le crawler l’ouvre plus tard et alimente l’index de recherche. L’utilisateur qui ne retrouve pas le document vit le résultat complet; il ne se console pas en sachant que chaque composant était vert.
Tester le trajet et son retour
Je garderais un scénario concret pour chaque plateforme :
- iPhone : taper un paragraphe sur EDGE, interrompre avec un appel, puis reprendre;
- Wii : faire reconnaître cent gestes faibles et forts, puis compter les erreurs;
- SharePoint : publier un document, le retrouver avec un autre compte et restaurer sa version précédente;
- virtualisation : perdre un hôte, redémarrer les services dans l’ordre et mesurer le délai;
- Silverlight : ouvrir l’application sans le plugin et vérifier que la fonction essentielle reste accessible.
Ces essais ont un point commun : ils traversent les frontières. Tester seulement le capteur, le serveur Web ou l’hyperviseur confirme un composant. Le service dépend aussi de l’état conservé, du réseau et de la personne qui doit reprendre après une erreur.
Je noterais pour chacun un budget et un seuil d’arrêt. Après trois gestes ratés sur cent, on ajuste le filtre; après trente secondes de reprise dépassées, on revoit l’ordre des VM; après une restauration sans permissions, le test échoue même si le fichier s’ouvre. Des critères annoncés avant l’essai empêchent la démonstration de choisir seulement les résultats flatteurs.
La virtualisation illustre bien l’écart. Une VM est facile à créer et à déplacer si deux hôtes partagent le stockage. Après une panne, la capacité restante, l’ordre de démarrage et la cohérence des données décident du retour. Une console remplie de boutons de reprise ne remplace pas un exercice chronométré.
Silverlight, nommé au printemps et livré en version 1.0 en septembre, pose la question inverse : le runtime rend l’environnement plus prévisible pour le développeur, mais ajoute une dépendance sur chaque poste. Le mode dégradé, l’accessibilité et la mise à jour du plugin font partie de l’expérience, même s’ils ne sont pas dans la démo.
Mon regard d’architecte s’est donc rapproché à la fois de l’utilisateur et de l’opérateur. Je veux mesurer le premier geste, le pire délai raisonnable et le chemin de récupération. Une technologie devient solide lorsque l’entrée incertaine produit une réponse claire et qu’une erreur peut être reprise sans expert caché derrière l’écran.
Mise à jour de 2026
Le temps a séparé les deux plateformes d’entreprise citées ici. SharePoint 2007 a quitté le support le 10 octobre 2017, mais SharePoint continue avec SharePoint Online et Server Subscription Edition. Silverlight a atteint sa fin de support le 12 octobre 2021 et n’est plus une plateforme Web actuelle.
Les pages officielles du cycle de vie de SharePoint 2007 et de la fin de support de Silverlight donnent la réponse que 2007 ne pouvait pas encore offrir. L’adoption et la durée de vie ont finalement compté beaucoup plus que la keynote.