La Wii fait bouger le salon

J’ai un aveu de gamer à faire : sur papier, la Wii aurait jamais dû gagner mon cœur. À côté d’une PS3 ou d’une Xbox 360, elle est ridicule. Moins puissante, des graphiques qui datent presque d’une génération, pas de haute définition. Le geek en moi, celui qui regarde les chiffres, devrait lever le nez. Pis pourtant, c’est elle qui fait bouger le salon, littéralement. Pis ça, comme passionné de jeux, ça me fascine.

Parce que la Wii a compris une affaire que les autres ont manquée : la manette. Au lieu de te donner un autre contrôleur avec quinze boutons, Nintendo te met une télécommande dans la main pis te dit « bouge ». Tu swingues pour jouer au tennis, tu fais semblant de lancer une boule de quilles, tu donnes des coups pour boxer. C’est niaiseux, pis c’est exactement pour ça que ça marche. Mon père, qui a jamais touché à une manette de sa vie, a joué au bowling avec moi pendant une heure. Ça, aucune autre console l’a fait.

Pour me clarifier les idées, j’ai dessiné les deux visions qui s’affrontent dans le salon cette année.

flowchart TD
    A[Une nouvelle console] --> B{Quel pari?}
    B -->|Puissance brute| C[PS3 / Xbox 360]
    B -->|Nouvelle façon de jouer| D[Wii]
    C --> E[Graphiques HD, fans de jeux]
    D --> F[Mouvement, toute la famille embarque]
    E --> G[Le geek est comblé]
    F --> H[Le salon au complet joue]

Ce qui m’accroche le plus, c’est que la Wii prouve une affaire que je soupçonnais depuis longtemps : le design bat souvent la fiche technique. Tu peux avoir la machine la plus puissante du monde, si l’expérience est compliquée, le monde joue pas. La Wii est faible techniquement, mais l’expérience est tellement immédiate que ça efface tout le reste. Tu prends la manette, tu comprends en dix secondes, pis t’as du fun. Pas de tutoriel de quarante minutes, pas de manette à apprendre. Ça, c’est du génie.

Maintenant, je suis pas aveugle. Y’a des bouttes qui m’écœurent. La détection de mouvement, des fois, est approximative. Tu swingues comme du monde pis le jeu comprend pas. Tu finis par brasser la manette n’importe comment juste pour que ça marche, pis là c’est plus du sport, c’est de l’épilepsie contrôlée. Pis pour un vrai gamer qui veut un jeu profond, exigeant, beau, la Wii a pas grand-chose à offrir. Le catalogue est plein de p’tits jeux familiaux pis de paquets de mini-jeux vite faits pour profiter de la vague.

C’est ça, le piège que je vois venir. Quand une console marche fort, tout le monde veut sa part du gâteau, pis on se ramasse avec une avalanche de jeux faits à la va-vite, qui exploitent le gimmick du mouvement sans rien proposer de solide. Le risque, c’est que la nouveauté de bouger les bras s’use, pis qu’une fois l’effet passé, y’ait pas grand-chose pour faire rester le joueur. Le mouvement, c’est cool deux semaines; après, faut un vrai jeu en dessous.

Mais quand c’est bien fait — pis y’a des titres où c’est vraiment bien fait — c’est magique. Le mouvement disparaît derrière le plaisir. Tu penses plus à la manette, tu penses au jeu. C’est ça, la marque d’une bonne idée d’interface : la technique s’efface pis y reste juste l’expérience. Quand le swing répond parfaitement, t’oublies que t’as un bout de plastique dans la main. T’es juste en train de jouer.

Ce qui me marque le plus, comme passionné, c’est de voir QUI joue. Des gens qui ont jamais touché à un jeu vidéo de leur vie. Des familles au complet dans le salon, des grands-parents, des enfants, tout le monde sur le même pied parce que personne a besoin de connaître les boutons. La Wii a élargi le cercle. Elle a sorti le jeu vidéo de la chambre du teenager pour le mettre au milieu du salon. Ça, c’est plus gros qu’une histoire de pixels.

Le geek en moi va continuer à jouer à des jeux exigeants sur des machines puissantes — j’aime ça, le beau pis le profond. Mais la Wii m’a appris quelque chose que je vais garder : le fun accessible vaut souvent plus que la prouesse technique. La meilleure techno, c’est pas la plus puissante, c’est celle qui donne le goût d’y revenir.

Ce que je retiens de cette année-là, manette en main : Nintendo a misé sur le geste plutôt que sur les chiffres, pis ils avaient raison. Les geeks grincent des dents, moi le premier des fois. Mais quand je vois mon salon au complet rire en jouant aux quilles virtuelles, j’suis ben obligé d’admettre qu’ils ont gagné leur pari. Pis honnêtement, c’est correct de même.