Quand la techno devient un peu creepy
Y’a des vidéos qui circulent de robots humanoïdes qui marchent, montent des escaliers, saluent la foule. Honda promène son ASIMO, des labos japonais sortent des têtes mécaniques qui clignent des yeux. Je regarde ça en geek fasciné… pis en même temps, y’a une petite affaire qui me met mal à l’aise. C’est ça que je veux essayer de comprendre ce mois-ci : pourquoi une machine qui nous ressemble trop, ça devient un peu creepy.
Le mot exact, en passant, c’est « la vallée de l’étrange » — une idée d’un chercheur japonais des années 1970. Le principe : plus un robot nous ressemble, plus on l’aime… jusqu’à un certain point. Passé ce point-là, quand il est presque humain mais pas tout à fait, ça bascule dans le malaise. Le sourire est juste un peu raide, le regard fixe une fraction de seconde de trop, pis notre cerveau sonne l’alarme : « y’a quelque chose qui cloche avec ça. »
J’ai voulu me dessiner cette courbe-là dans ma tête.
flowchart TD
A[Robot très mécanique] -->|+| B[Robot stylisé, mignon]
B -->|+| C[Presque humain]
C --> Q{Assez parfait<br/>pour tromper l'œil?}
Q -->|Non, presque| D[CHUTE: malaise<br/>la vallée de l'étrange]
Q -->|Oui, totalement| E[Indiscernable d'un humain]
D -.on remonte si<br/>on perfectionne.-> E
D -.ou si on assume<br/>le côté machine.-> B
Ce qui me fascine là-dedans, c’est que le malaise vient pas de la machine. Il vient de nous. Notre cerveau est une bibitte à reconnaître des visages, des émotions, des intentions. On lit un sourire en une fraction de seconde. Quand une face mécanique imite ça presque parfaitement mais rate un détail, notre radar d’humain se déclenche pareil. C’est pas le robot qui est creepy, c’est notre propre détecteur d’authenticité qui capote.
Pis ça me fait réfléchir, comme observateur, sur où on s’en va. Parce que ces robots-là, c’est pas juste des jouets de salon d’exposition. Au Japon, on parle de robots pour aider les personnes âgées, pour tenir compagnie. Pis là, la question devient pas technique, elle devient humaine : est-ce qu’on veut vraiment être consolés par une machine qui fait semblant de ressentir ? Le robot ressent rien. Il calcule une réponse qui ressemble à de l’empathie. Pis c’est ça qui me chicote.
Y’a un côté de moi, le geek, qui trouve ça extraordinaire. Faire marcher une machine sur deux jambes, c’est un cauchemar d’ingénierie : l’équilibre, les capteurs, les ajustements des centaines de fois par seconde pour pas tomber. Quand je vois ASIMO monter un escalier, je vois la prouesse, pis je tripe. Là, ça devient concret : des décennies de recherche pour reproduire un geste qu’un enfant de deux ans fait sans y penser.
Mais y’a l’autre côté, celui qui observe la société, qui se pose des questions moins confortables. À mesure que ces machines vont devenir convaincantes, on va leur donner de la place. Pis on est pas tellement bons pour garder nos distances avec une affaire qui nous sourit. On s’attache à un Tamagotchi, imaginez à un robot qui répond à notre nom. Le risque, c’est pas que les robots nous remplacent. C’est qu’on les laisse occuper, sans s’en rendre compte, des places qui devraient rester humaines.
C’est pour ça que je trouve sain ce petit malaise de la vallée de l’étrange. C’est un garde-fou naturel. Tant qu’une machine nous met un peu mal à l’aise quand elle imite trop l’humain, on garde une distance critique. Le jour où ça nous dérange plus pantoute, c’est peut-être là qu’il faudra commencer à s’inquiéter — pas des robots, mais de nous autres.
J’aime pas jouer au prophète, pis je sais pas comment ça va virer. Peut-être que ces robots vont rester des curiosités de laboratoire encore longtemps. Peut-être que les contraintes physiques — la batterie, l’équilibre, le coût — vont les garder confinés aux démos pendant des années. Les démos, c’est toujours plus beau que la réalité. Un robot qui marche parfaitement sur scène, mets-le dans un vrai salon avec un tapis pis un chat, pis on en reparlera.
Ce que je retiens, comme observateur, c’est que la techno devient « creepy » exactement quand elle touche à ce qui nous définit : le visage, l’émotion, l’intention. Tant qu’on regarde ça avec curiosité ET avec un brin de malaise, je pense qu’on est corrects. Le jour où on trouve ça parfaitement normal, faudra se poser la vraie question : qu’est-ce qu’on a accepté de déléguer à une machine qui fait juste semblant ? Pour l’instant, je continue de regarder, fasciné — pis un p’tit peu sur mes gardes.