L’iPhone vient de changer la question
Bon, Apple vient de présenter l’iPhone et j’ai probablement regardé deux fois la même démonstration. Le plus intéressant n’est pas seulement l’absence de clavier. Apple remplace une interface matérielle fixe par une chaîne logicielle capable d’interpréter plusieurs contacts et de redessiner toute la surface selon le contexte.
Un écran tactile capacitif ne « voit » pas directement un doigt. Une grille d’électrodes maintient un champ électrique; le contact d’un doigt modifie la capacité près de certains croisements. Le contrôleur échantillonne la grille, estime un ou plusieurs centres de contact, puis remet des coordonnées au système. Le logiciel effectue ensuite le hit testing : quel bouton, quelle liste ou quelle photo se trouve sous chaque point?
doigt -> grille capacitive -> contrôleur -> coordonnées tactiles
-> reconnaissance du geste -> application -> nouvelle image
Un agrandissement à deux doigts demande plus qu’un événement Click. Le système suit deux points au fil du temps. Si leur distance augmente, l’application calcule un facteur d’échelle; si leur centre se déplace, elle translate l’image. Il faut aussi décider quand deux contacts constituent un geste commun plutôt que deux commandes séparées.
échelle = distance_actuelle / distance_initiale
Une distance qui passe de 40 à 60 pixels donne un facteur de 1,5. Le calcul est simple. Le rendre stable malgré les petits tremblements, empêcher l’image de sauter et maintenir une réponse fluide l’est moins.
Le clavier devient une prédiction
Sans relief, le pouce ne confirme pas qu’il a atteint une touche. Le logiciel peut agrandir la zone logique des lettres probables, tenir compte du mot en cours et corriger une coordonnée située entre deux touches. Cette aide doit rester réversible. Une correction silencieuse vers le mauvais nom propre fera perdre rapidement la confiance.
Le doigt impose aussi de nouvelles dimensions. Un curseur vise un pixel sans cacher sa cible. Un pouce couvre plusieurs millimètres et arrive avec un angle variable. Une interface conçue pour la souris ne devient pas tactile en grossissant deux icônes : il faut espacer les cibles, donner un état visuel dès le contact et garder une façon claire d’annuler avant que le doigt quitte l’écran.
Le reste de la chaîne reste très ordinaire. Safari doit demander la page, analyser HTML et CSS, exécuter JavaScript, décoder les images, puis composer l’écran. Sur EDGE, la latence et le débit rendront une page lourde beaucoup plus pénible que sur le Wi-Fi de la keynote. Une application Web doit donc fonctionner avec un réseau qui disparaît, une réponse qui arrive tard et une batterie que chaque radio contribue à vider.
Le premier modèle garde d’autres limites : pas de copier-coller, batterie non remplaçable par l’utilisateur et aucune plateforme annoncée pour installer librement du code natif tiers. L’écran programmable ouvre beaucoup de possibilités, mais Apple contrôle encore étroitement ce qui atteint la boucle d’événements.
Mon test serait moins spectaculaire que la scène : taper un paragraphe, ouvrir une page lourde sur EDGE, recevoir un appel au milieu et revenir à la tâche avec une batterie à 20 %. Si les gestes restent prévisibles là, le changement est profond. Apple ne retire pas la complexité; l’entreprise la déplace du plastique vers les capteurs, les algorithmes et le logiciel.