L’iPhone débarque et tout bouge

Le 9 janvier, je regarde la keynote du Macworld comme un fan, pas comme un gars de la job. Steve Jobs monte sur scène, sort un téléphone sans clavier, pis fait défiler une liste de chansons avec son doigt. Je me rappelle avoir pensé : « OK, là, quelque chose vient de changer. » Pas l’appareil en soi — on n’en a pas encore vu un vrai au Québec — mais l’idée derrière.

Ce qui me brasse, c’est pas la fiche technique. C’est le pari. Tout le monde dans le métier du téléphone mettait un clavier physique, un stylet, des p’tits boutons partout. Eux autres, ils enlèvent tout pis ils disent : l’écran au complet, c’est l’interface. Le doigt devient la souris. Ça paraît évident aujourd’hui, mais en janvier 2007, c’est presque effronté.

J’ai passé la soirée à regarder les vidéos de la démo en boucle. Le moment qui m’a accroché, c’est le « pinch to zoom » sur une photo. Deux doigts qui s’écartent, l’image qui grossit, fluide, sans saccade. Mon BlackBerry de bureau, à côté, avait l’air d’une calculatrice. Là, ça devient concret : l’ordinateur arrête de te demander de penser comme lui, pis il commence à suivre ton geste à toi.

Pour me clarifier les idées, j’ai dessiné dans mon cahier ce qui bascule, justement, dans la façon d’interagir.

flowchart TD
    U[Un humain veut agir] --> Q{Qui s'adapte<br/>à qui?}
    Q -->|Avant| A[Clavier + stylet]
    Q -->|iPhone| C[Écran multi-touch]
    A --> A1[L'appareil impose sa logique]
    A1 --> A2[On apprend la machine]
    C --> C1[Le geste humain mène]
    C1 --> C2[La machine suit le doigt]
    A2 -.bascule.-> C2

Maintenant, je suis pas naïf. Je le regarde aussi avec mon œil critique de geek qui en a vu passer, des annonces qui pétaient plus fort que le produit. La première version, d’après ce qui se dit, roule sur le réseau EDGE — pas vite vite. Pas de copier-coller. Pas moyen d’installer tes propres programmes : t’as les applications d’Apple, point. La batterie est scellée, tu peux pas la changer. Pis le prix annoncé fait sursauter pas mal de monde.

Ça, c’est la partie qui me rend prudent. Une démo, c’est toujours beau. Une démo, c’est le scénario parfait, le réseau parfait, la lumière parfaite. Le vrai test, c’est quand tu sors dehors en plein hiver, que t’as un gant, que le signal est moyen pis que la batterie est à 12 %. C’est là qu’on va savoir si le tactile tient ses promesses ou s’il devient un irritant.

Mais même avec ces réserves-là, je sens que la barre vient de monter. Quand tu montres au monde qu’une interface peut être lisse de même, tu peux plus revenir en arrière. Les gens vont commencer à trouver leur vieux téléphone laitte. Ils vont vouloir glisser, pincer, taper directement sur ce qu’ils voient. Cette attente-là, une fois qu’elle est plantée dans la tête du monde, elle s’en va pus.

Pis c’est ça qui m’intéresse, comme observateur. Pas le gadget. La bascule d’attente. Pendant des années, on a accepté que l’informatique soit un peu rough, un peu obscure, qu’il fallait apprendre ses codes. Là, quelqu’un dit tout haut : non, c’est à la machine de se rendre simple. C’est un changement de mentalité avant d’être un changement de matériel.

Je me garde une petite liste de questions pour la suite, des affaires que je vais vouloir vérifier quand le produit va vraiment arriver : Est-ce que le clavier virtuel est utilisable pour écrire un vrai message, ou juste pour du dépannage ? Est-ce que le doigt reste précis quand l’écran est plein de traces de gras ? Est-ce que ça tient une journée sur une charge ? Pis surtout : est-ce que les gens ordinaires, pas les geeks, vont l’adopter ?

Parce que c’est ça, le vrai banc d’essai. Un produit de geek qui impressionne les geeks, ça existe en masse. Un produit qui change la manière dont ma mère ou mon voisin touche à un écran, ça, c’est rare. Pis quand ça arrive, faut le regarder comme du monde.

Pour l’instant, je range l’iPhone dans la catégorie « à surveiller de proche ». Pas par hype, par curiosité honnête. J’ai l’impression d’avoir vu, en une keynote, le genre de virage qui se raconte longtemps après. On verra si le terrain confirme. Mais une chose est sûre : ce soir-là, j’ai regardé mon propre téléphone d’un drôle d’air.