RFID : l’étiquette qui ne veut pas toujours répondre
Bon, ce mois-ci, difficile de passer à côté de la RFID. La démo est toujours excellente : une palette traverse un portail et toutes les boîtes sont reconnues sans balayer les codes-barres une par une. Pour voir le vrai système, il faut suivre une étiquette passive jusqu’à l’événement d’inventaire.
Une étiquette passive n’a pas sa propre pile. L’antenne du lecteur émet un champ radio; l’étiquette en récupère une petite partie pour alimenter sa puce. Elle répond en modifiant la façon dont elle réfléchit le signal, un principe de backscatter. Sa mémoire contient un identifiant, par exemple un Electronic Product Code, pas nécessairement toute la description du produit.
lecteur → antenne )) énergie + commande )) étiquette
lecteur ← antenne (( réponse modulée (( étiquette
↓
middleware → filtre → événement métier → ERP/WMS
Si vingt étiquettes répondent en même temps, leurs signaux se mélangent. Le protocole d’anti-collision leur fait choisir des créneaux ou parcourt un arbre d’identifiants pour les séparer. Le lecteur interroge plusieurs fois la zone et produit donc beaucoup de lectures du même code. Le logiciel ne doit pas transformer chaque réponse radio en mouvement de stock.
Un filtre de bord peut construire un événement plus stable :
si EPC vu au moins 3 fois en 2 secondes par les antennes du portail A
et jamais vu par l'antenne extérieure avant l'antenne intérieure
alors publier ENTREE(EPC, portailA, heure)
Ce n’est qu’un exemple. Les seuils doivent venir de mesures. Une palette immobile près du portail peut rester lisible pendant dix minutes; sans fenêtre et état, le système créerait des centaines d’entrées. Un EPC vu à l’intérieur puis à l’extérieur donne une direction plus crédible qu’une seule antenne, mais le métal peut réfléchir le signal vers la mauvaise zone.
La physique est la grosse contrainte. Le métal réfléchit et modifie l’antenne de l’étiquette. Les liquides absorbent une partie de l’énergie, surtout à certaines fréquences. L’orientation change le couplage entre les antennes. Deux emballages identiques avec une étiquette à des endroits différents peuvent donc avoir des taux de lecture très différents. Plus de puissance augmente la portée, mais peut capter la palette du quai voisin et dépasser les limites réglementaires.
Je testerais avec une matrice concrète :
- palette complète, moitié pleine et une seule caisse;
- produits secs, bouteilles et contenants métalliques;
- étiquette droite, pliée et tournée;
- passage lent, rapide et arrêt au milieu du portail;
- deux palettes côte à côte;
- réseau coupé entre le lecteur et le serveur;
- étiquette absente, doublée et associée au mauvais produit.
Pour chaque scénario, je mesure le taux de lecture, les faux positifs et le nombre de lectures brutes par événement accepté. Le lecteur devrait conserver une petite file si le serveur disparaît et publier avec un identifiant d’événement pour qu’une reprise ne double pas le mouvement. L’ERP reste responsable de vérifier qu’un article attendu peut réellement entrer à cet endroit.
Le coût dépend du niveau d’étiquetage. Sur 500 palettes réutilisables à 2 $ l’étiquette, le matériel d’identification coûte 1 000 $ et peut servir longtemps. Sur dix millions de petits articles, même 0,20 $ ajoute 2 millions de dollars avant les lecteurs et l’intégration. Palette, caisse ou unité doivent répondre à un gain mesurable : temps de réception, pertes évitées ou inventaire plus précis.
Un identifiant lisible à distance soulève enfin une question de sécurité et de vie privée. Il ne faut pas y écrire des renseignements personnels en clair. Les droits d’écriture doivent être limités, et l’application ne doit pas croire qu’un EPC lu prouve l’authenticité du produit; une étiquette peut être copiée ou déplacée.
Je ne remplacerais pas le code-barres avant un pilote sur le vrai quai. Ma pratique serait de conserver les lectures brutes assez longtemps pour diagnostiquer, mais de faire entrer dans l’ERP seulement des événements dédupliqués et validés. La radio détecte une réponse; le logiciel doit encore décider si un mouvement a réellement eu lieu.